Le village de Pressignac restaure ses mares en mode participatif (16)

Afin de lutter contre les effets du changement climatique, le village de Pressignac en Charente a recensé en 2016 toutes les mares de son territoire pour restaurer en 2017 et 2018 celles qui se comblaient : soit pas moins de 123 sur les 245 existantes. Une cinquantaine d’habitants du village se sont mobilisés pour s’y retrouver chaque samedi, de septembre à février.

C’est pour prendre en compte les enjeux environnementaux dans le futur PLUi de la communauté de communes de Charente limousine que l’équipe municipale de Pressignac s’est interrogée en 2015 sur la question de l’eau. "Les étés sont de plus en plus secs en raison du changement climatique. Et les points d’eau privés ou publics sont rarement entretenus, ce qui aggrave la situation", témoigne la conseillère municipale, Jacqueline Badets.

Trame verte et bleue

Membre d’un syndicat mixte en charge de l’eau et s’intéressant à la question de la trame verte et bleue, elle réfléchit à une action communale, avec un agriculteur de Pressignac, Yann Saugeras, également sensible à ces questions. Ils proposent au conseil municipal de recenser et de restaurer les mares du territoire en faisant largement appel aux habitants bénévoles.

Quarantaine de bénévoles dès le départ

Après délibération favorable de la municipalité, le binôme mobilise des partenaires financiers (agence de l’eau Loire-Bretagne, voir encadré) et techniques (syndicat mixte, associations environnementales et locales, police de l’eau...) ainsi que des bénévoles pour mener à bien le recensement et les chantiers de restauration.

Travail de terrain

Tous sont représentés au sein d’une commission chargée de suivre le projet. Les bénévoles et les propriétaires de mares ont été sensibilisés par des visites à domicile, une réunion publique en mairie, des informations dans la presse locale et municipale, le bouche à oreille... Grâce à cela, l’action a pu débuter avec une quarantaine d’habitants de toutes générations et profils.

La majorité des mares est artificielle

Sensibilisés et formés par les animateurs des associations environnementales partenaires et soutenus par une stagiaire mise à disposition par le syndicat mixte, ils recensent et évaluent l’état de toutes les mares de 1 à 1000 m3. En 2017, ils en dénombrent 245. "La majorité de ces mares est d’origine humaine", explique l’agriculteur. Sur ces 245 mares, 123 sont actuellement en état, dont 70 restaurées par des bénévoles.

Biodiversité riche mais fragile

"Privées ou communales, ce sont d’anciens lavoirs et abreuvoirs, d’anciennes chanvrières, des fontaines, des points d’eau d’agrément... Elles hébergent une biodiversité riche mais fragile de libellules et de batraciens. Elles jouent un rôle très important pour stocker l’eau, le carbone et pour réguler les inondations."

Groupe motivé et assidu

Chaque chantier de recensement, puis de restauration des mares, est très organisé, car il faut éviter l’essoufflement des bénévoles. Par mail, ils sont invités chaque samedi après-midi, à la mairie à 14 h pour des travaux qui ne durent pas plus de 2 heures 30. Entre 7 et 25 personnes en moyenne ont répondu chaque fois présent et sont intervenues durant une période qui ne gêne pas la reproduction de la faune sauvage, entre septembre et février.

Restaurer les connexions écologiques

Grâce à leur intervention motivée et assidue, au 31 décembre 2018, 123 mares, dont 31 publiques, étaient nettoyées et restaurées. Pour chacune, la biodiversité s’est très rapidement développée. Certaines mares ont été laissées en l’état, tandis que d’autres ont bénéficié de la restauration de "connexions" vertes entre elles (des haies par exemple) pour favoriser la circulation des espèces. Les bénévoles, une cinquantaine en 2018, ne se sont jamais lassés.

Assurer l’animation du groupe

C’est le binôme constitué par l’élue et l’agriculteur qui joue un rôle moteur de lien et d’animation de ce groupe. L’agriculteur prépare chaque chantier et s’assure qu’il disposera du bon matériel apporté par chacun. Certains des participants, ainsi que des propriétaires, se sont pris au jeu et n’hésitent pas à revenir observer l’évolution de la biodiversité. Et aucun des propriétaires sollicités n’a refusé l’intervention du groupe.

Et miser sur la convivialité

"L’animateur, étant agriculteur, connaît très bien le terrain et sait comment convaincre les autres agriculteurs et les propriétaires pour que l’on puisse intervenir sur leurs mares", se félicite l’élue. "Lorsque des nouveaux habitants s’installent, il leur présente le projet. Certains ont ainsi amené d’autres compétences utiles comme la botanique." Chaque chantier se termine par un goûter partagé dans la convivialité.

Renforcer les liens entre les habitants

L’agriculteur poursuit : "Au début, notre action n’était pas prise très au sérieux. Aujourd'hui, elle a renforcé les liens entre les habitants. Des agriculteurs s’y sont lancés de leur propre initiative et des élus de communes voisines et de la communauté de communes viennent voir ce que l’on fait." Pour l’avenir, une association devrait être créée pour suivre et entretenir les mares. L’une d’elle, publique, va bénéficier de panneaux d’information pour accueillir le grand public. Un dépliant est en cours de finalisation pour 2019 à destination des propriétaires afin de les sensibiliser sur les bons gestes de préservation des mares.