Les trois mares du parc périurbain de la commune de Saint-Èbremont-de-Bonfosse

Source : Loïc Chéreau
Source : Loïc Chéreau
Dans le cadre de l’aménagement de son territoire, le conseil municipal de Saint-Ébremond-de-Bonfossé a souhaité aménager un secteur en marge du bourg. Dans ce contexte paysager de petite vallée armoricaine soumise à la déprise agricole, c’est un projet de lieu de promenade et de détente qui a été envisagé, avec l’objectif de permettre aux enseignants d’emmener les enfants à la découverte de la nature à proximité de l’école de Saint-Ébremond-de-Bonfossé. Pour être accompagné dans sa démarche, le Maire a sollicité l’intervention du Conservatoire Fédératif des Espaces Naturels de Basse-Normandie (CFEN), développeur du Programme Régional d’Actions pour les Mares de Basse-Normandie.

Introduction

Dans le cadre de l’aménagement de son territoire, le conseil municipal de Saint-Ébremond-de-Bonfossé a souhaité aménager un secteur en marge du bourg. Implantée dans le bocage mitoyen, cette zone est parcourue de deux ruisseaux confluents, annexés de zones humides. Ces milieux se situent au cœur de ronciers alternant avec des landes à Fougère aigle. Dans ce contexte paysager de petite vallée armoricaine soumise à la déprise agricole, c’est un projet de lieu de promenade et de détente qui a est envisagé. L’objectif est aussi de permettre aux enseignants d’emmener les enfants à la découverte de la nature à proximité de l’école de Saint-Ébremond-de-Bonfossé.
En parallèle de la plantation d’arbres, la construction d’un plan d’eau a été envisagée. Pour être accompagné dans sa démarche de conception de cet aménagement, le Maire a sollicité l’intervention du Conservatoire Fédératif des Espaces Naturels de Basse-Normandie (CFEN), développeur du Programme Régional d’Actions  pour les Mares (PRAM) de Basse-Normandie.

A l’origine c’est vers la création d’un étang destiné à la pêche que les élus ont souhaité s’orienter. Mais ce type d’aménagement pose deux problèmes importants. D’une part, la création d’étangs alimentés de façon permanente ou temporaire nuit à la disponibilité de la ressource en eau pour les habitants de nos territoires, tant aux plans quantitatifs que qualitatifs. D’autre part, la création et l’entretien des plans d’eau sont soumis à une réglementation très stricte qui vise à stopper leur multiplication, particulièrement problématique en Basse-Normandie
Pour étayer ces éléments, une visite de terrain à destination des deux élus en charge du projet a été organisée sur la commune de Saint-Jean-de-Savigny (50), où plusieurs mares avaient été créée dans un contexte similaire, plusieurs années auparavant. Le piège à sédiments que peut constituer un plan d’eau induisant un important entretien (curage) fut discuté à cette occasion. Le mode d’aménagement de mares a également pu être explicité à partir des observations réalisées sur le terrain.
Nourri de nouveaux éléments de réflexion, le projet des élus de Saint-Ébremond-de-Bonfossé a évolué progressivement. De plus, considérant qu’un étang préexistait au lieu-dit « la Percherie », où des potentialités réelles d’aménagement avaient été mises en évidence par le Conseil municipal, le choix fût pris de faire évoluer le projet de création d’un étang vers celui d’un réseau de mares.

Éléments méthodologique

Un certain nombre de principes simples ont permis de préciser le projet d’aménagement :

  • aucune contrainte réglementaire spécifiquement liée au site n’est identifiée ;
  • une mare ne doit pas être reliée à un ruisseau, que ce soit de manière permanente ou temporaire ;
  • les mares ne doivent pas prendre la place des petites zones humides dont l’importance primordiale dans le bon fonctionnement des hydrosystèmes continentaux est intimement liée à leur multiplicité. Si une mare est implantée dans une zone humide, elle ne doit en occuper qu’une petite partie ;
  • la richesse faunistique et floristique des mares est liée à leur diversité typologique (formes, profondeur, ombrage…) ;
  • lors du chantier, la pelle mécanique doit surtout dégrader le moins possible le sol et la végétation au milieu desquels la mare sera creusée. La terre excavée ne doit surtout pas être laissée en andain sur les bords de la mare mais doit au contraire être exportée.

La création de mares doit enfin répondre à au moins un objectif précis. Dans le cas présent, c’est un rôle « pédagogique » qui fut assigné aux trois mares. Lors du passage de terrain réalisé, les zones d’implantation des mares ont été déterminées en suivant toutes ces préconisations. Un enseignant désireux de faire découvrir à ces élèves la petite faune aquatique s’est joint au groupe pour contribuer à étoffer le projet.  La création de mares doit enfin répondre à au moins un objectif précis. Dans le cas présent, c’est un rôle « pédagogique » qui fut assigné aux trois mares.
Lors du passage de terrain réalisé le 17 juin 2008, les zones d’implantation des mares ont été déterminées en suivant toutes ces préconisations. Un enseignant désireux de faire découvrir à ces élèves la petite faune aquatique s’est joint au groupe pour contribuer à étoffer le projet.

Les mares ne nécessitent pas d’entretien. Aucune espèce ou habitat d’intérêt majeur n’y étant associée, leur atterrissement progressif est garant de leur intérêt écologique, dans une approche évolutive et dynamique. En fin d’atterissement, une action de curage pourra être envisagée à échelle de 10 ans ou plus.

 

Déroulement du chantier

Le chantier de creusement des trois mares s’est déroulé le 9 juillet 2008. Une pelle mécanique de 17 tonnes (fig.2), équipée de chenilles de type marais d’une largeur de 80 cm a été utilisée. Les trois mares, d’une superficie inférieure ou égale à 50 m2 chacune, ont été réalisées en 3 heures, comprenant le temps de régalage des argiles, sur les secteurs de prairies mésophiles du site. Le coût d’une heure de pelle était d’environ 70 euros hors taxe. Les trois mares créées sont largement dispersées sur le site.

Evaluation

L’ensemble des préconisations de conception et de réalisation des mares a été respecté. Au mois de novembre, un passage de terrain a permis d’établir d’une part, une fiche descriptive pour chacune des mares et d’autre part, un inventaire des invertébrés aquatiques à raison d’une prospection par filet troubleau de 45 minute par mare.

L’analyse de nos résultats montre que quatre mois après leur creusement, les mares abritent déjà une faune variée comportant plus de 20 espèces d’invertébrés aquatiques.

La mare 000226 se caractérise par un faciès plus forestier en raison des feuilles mortes, provenant du chêne proche, qui tapissent déjà son fond. Avec ses berges abruptes en contact avec des zones de sol relativement sec, la colonisation végétale de la mare est particulièrement lente. La faune aquatique y a cependant pris place. Elle abrite notamment une forte densité des étonnantes larves du genre Chaoborus, ou « larves fantômes », dont l’observation du mode de déplacement en aquarium fournira un support pédagogique très intéressant.

La mare 000227 est la plus profonde. C’est pourquoi, même si ses berges sont déjà densément végétalisées par la Glycérie flottante, il est probable qu’elle conservera pendant de nombreuses années une part importante d’eau libre en surface. C’est la mare la plus riche en espèce d’invertébrés. De nombreux coléoptères aquatiques y ont été rencontrés.

Dans ce cadre bocager relativement préservé, les mares créées constituent des milieux vivants. Ainsi, deux espèces peu communes dans notre département (Elder & Constantin, 2007) s’y développent : Stectonectes lepidus et Hydroporus tristis. Considérant leur rareté, la création des mares dans ce secteur préservé contribue d’hors et déjà et à l’évidence au maintien de la biodiversité dans notre département.

Peu après le chantier, des Libellules déprimées sont venues pondre dans la mare 000227. C’est ainsi que plusieurs de leurs larves ont pu être récoltées et identifiées : c’est pour le moment la seule espèce de libellule a avoir colonisé ces toutes nouvelles mares.  D’autres viendront sans nul doute enrichir la faune de ces mares, dès le printemps prochain. A l’état adulte, ces prédateurs constitueront un sujet d’observation privilégié pour les promeneurs sur le site. Une animation naturaliste destinée à leur faire découvrir le groupe des libellules pourra être proposée.

La mare 000228 est déjà végétalisée de façon assez importante, avec environ 40% de sa surface couverte de Glycérie aquatique ou d’Ache noueuse. Une dizaine d’espèces a pu y être recensée, dans une eau limpide. C’est probablement la mare qui sera la lus rapidement saturée de végétation hygrophile et aquatique. Elle offrira donc des conditions de vie originales et complémentaires des autres mares créées.
Par ailleurs, la Renouée du Japon est présente sur le site. Il s’agit d’une espèce végétale invasive c'est-à-dire introduite dans notre pays et qui s’installe en éliminant les autres plantes sauvages. Des actions de gestion ciblées visant à l’éradiquer doivent être entreprises. La méthode la plus efficace semble être la fauche suivie d’un bâchage. La bâche sera piétinée régulièrement pour casser les jeunes pousses et éviter qu’elles ne sortent par ses côtés pendant plusieurs mois, voire plusieurs années (A. Clignet, comm. pers.).
En ce qui concerne l’aménagement du site, au débroussaillage d’octobre 2007 a succédé la reprise de la Fougère aigle. Cette reprise concerne les secteurs les plus secs. Une intervention mécanisée et répétée de fauche avec exportation des rémanents et, soit brûlage sur tôle, soit stockage dans un coin de parcelle en bas du site est à envisager de manière répétée pour les 2 ou 3 années à venir, à raison de 2 à 4 passages par an visant à épuiser la Fougère aigle.

 

Conclusion

Ce projet d’aménagement a montré une nouvelle fois que la création d’un réseau de mares est une réelle alternative aux plans d’eau. Les secteurs de zones humides ont été en grande partie conservés sur le site. Le libre écoulement de l’eau a été maintenu. Dans un contexte relativement préservé, une faune diversifiée comprenant plus de 20 espèces animales a colonisé ces nouveaux biotopes : ce sont autant d’arguments qui caractérisent la réussite environnementale de ce projet, dont le Conseil municipal est l’auteur éclairé. Les résultats obtenus quelques mois après leur creusement prouvent l’intérêt des mares pour agir en faveur de la biodiversité de notre région.
En matière de prévention, la commune doit rapidement informer à l’entrée du site de la présence des mares et de la nécessaire vigilance des parents. Une information communale pourra également être diffusée dans ce sens.
L’indiscutable importance des phases de discussion lors des visites de terrain pour permettre à chacun, élus et naturaliste gestionnaire d’espaces naturels, de confronter honnêtement leurs points de vue, afin de mieux comprendre les facteurs indispensables à prendre en compte en matière d’aménagement, de gestion et de valorisation de nos zones humides, doit être soulignée.

Source photographique : Loïc Chéreau

Contact

Loïc Chéreau
Chargé de mission "PRAM"
Conservateur de la Réserve naturelle régionale
des anciennes carrières d’Orival
Tél. : 06.74.75.19.35
Email : loic-chereau@wanadoo.fr